Bras de fer magistrats-gouvernement : IBK se doit d’agir

A l’allure où vont les choses, le fossé entre l’exécutif et les magistrats va bientôt être aussi large,  voire aussi infranchissable. Chef supérieur de la magistrature, le concours d’IBK est vivement attendu,  ne serait ce que pour calmer les ardeurs.  

Après la décision sur la retenue sur le salaire par le ministre des Finances, le Premier ministre a encore sévi. Soumeylou Boubeye Maïga  a pris le 9 octobre 2018, un décret pour réquisitionner les magistrats en grève illimitée depuis plus de deux mois.  Les magistrats refusent de se soumettre à cette décision et estiment que le décret de réquisition est illégal.

Le lendemain 10 octobre 2018, la plupart des tribunaux n’ont pas observé le service minimum exigé par le décret. Jeudi 11 octobre 2018, même constat. A Bamako, excepté quelques tribunaux où le service minimum a été assuré, ce sont les secrétaires et autres personnels du Tribunal qui étaient sur place.

La cour du palais de justice de la Commune VI était presque vide au moment de notre passage, la porte de la grande salle d’audience était restée fermée. Quelques rares  justiciables, non informés de la situation, sillonnaient les couloirs du parquet. La plupart des bureaux étaient fermés. Rien ne bougeait ce vendredi 11 octobre dans la matinée aux palais de justice des Communes VI, V, et I.

Quelques policiers en poste à l’entrée de ces palais orientaient certaines personnes. Un usager venu pour se faire établir son casier judiciaire a déploré la situation : « Je suis venu pour mon casier afin de constituer un dossier mais hélas ! ».

Devant cet affront, le chef de l’exécutif restera t-il les bras croisés sans rien faire ?  SMB va-t-il accepté de renégocier avec les magistrats « intouchables » ? En attendant, le déclic peut venir du président du Conseil supérieur de la magistrature, garant du pouvoir judiciaire. Le chef de l’Etat IBK se doit de se mettre au-dessus de la mêlée par rapport à un  problème d’ego entre les deux pouvoirs.

Traditionnellement, au Mali, quand un président de la  République s’implique dans la recherche de solutions à une crise, généralement, les parties déchargent leurs fusils. IBK doit s’inspirer du président ATT, qui à un moment très tendu de la grève illimitée du syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup), les a rencontré. La suite est connue. Le chef de l’Etat avait appelé les acteurs de l’école à plus de retenue, de concessions mais surtout de patriotisme. Les syndicalistes ont cru au président avec la ferme promesse de mettre fin à leur grève.

Le chef de l’Etat, doit au lendemain de son retour d’Arménie rencontrer les magistrats et « laver le linge sale en famille », et se dire des choses en famille. Lui-même étant le premier responsable de la justice.

En entendant, la magistrature refuse de reprendre le chemin des tribunaux, pas avant que leurs revendications ne soient entendues par les autorités. Le bras de fer entre gouvernement et magistrats dure pourtant depuis plus de 11 semaines. Les juges réclament une sécurisation des tribunaux et une augmentation de salaire.

Mohamed Keita

Source : Arc-En-Ciel

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