Sans surprise, le Sénat américain a acquitté ce mercredi 5 février le président Donald Trump, jugé depuis le mois dernier pour abus de pouvoir et entrave à l'action du Congrès.

Lors d'un vote solennel suivi en direct à la télévision par des dizaines de millions d'Américains, le Sénat a estimé, par 52 voix sur 100, que Donald John Trump, 45e président de l'histoire, ne s'était pas rendu coupable d'abus de pouvoir. Par 53 voix sur 100, il a également estimé qu'il ne s'était pas rendu coupable d'entrave à la bonne marche du Congrès. La Constitution des États-Unis impose une majorité des deux tiers (67 sièges sur 100) pour destituer un président.

Si les démocrates ont voté comme un seul homme, un élu républicain, Mitt Romney, s'est prononcé en faveur d'un des deux articles de l'acte d'accusation, celui concernant l'abus de pouvoir. Il est ainsi devenu le premier et le seul sénateur de l'histoire américaine à s'être prononcé pour la destitution d'un président de son propre parti, note notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

« Le président est coupable d’un effroyable abus de confiance publique, a expliqué Mitt Romney avec gravité. Ce qu’il a fait n’a rien de parfait, c’est une attaque flagrante contre nos droits électoraux, contre notre sécurité nationale et contre nos valeurs fondamentales. Corrompre une élection pour se maintenir au pouvoir est sans doute la violation la plus destructive et abusive d’un serment présidentiel ».

Mais cela ne suffit pas à empêcher l’acquittement après deux semaines d’un procès partial et sans témoin. Les démocrates encaissent difficilement la défaite. L'opposition reproche au 45e président des États-Unis d'avoir utilisé les moyens de l'État, notamment une aide militaire validée par le Congrès, pour tenter de forcer l'Ukraine à « salir » son possible adversaire à la présidentielle Joe Biden.

Donald Trump reste une « menace », pour Pelosi

L'acquittement de Donald Trump n'a « aucune valeur » parce que son procès en destitution n'a pas été « équitable », a estimé mercredi le leader de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer. « Le président et les républicains du Sénat ont banalisé le non-respect de la loi », a estimé dans un communiqué la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, qualifiant de « voyous » Donald Trump et le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell. L'hôte de la Maison Blanche restera selon elle « une menace » parce qu'il insiste « pour se dire au-dessus de la loi et dire qu'il peut corrompre une élection s'il en a envie ».

La Maison Blanche a quant à elle jugé que Donald Trump était « pleinement innocenté » et dénoncé une nouvelle fois une « chasse aux sorcières » orchestrée par ses adversaires démocrates. « Le président est heureux de mettre derrière lui ce chapitre de comportement honteux des démocrates, et déterminé à continuer son travail au nom du peuple américain en 2020 et au-delà », a indiqué dans un communiqué Stephanie Grisham, porte-parole de l'exécutif américain.

Dès l'annonce de son acquittement, Donald Trump a tweeté un montage vidéo préfigurant une présidence éternelle. Il s'exprimera ce jeudi depuis la Maison Blanche pour évoquer la « victoire » du pays « contre cette mascarade ».

La procédure entamée en septembre par les démocrates est donc terminée. Mais elle a creusé les divisions entre les Américains qui semblent irréconciliables. Même si le président n'est pas destitué, elle laissera tout de même une tache sur le mandat de Donald Trump. Seuls trois présidents américains ont subi un tel affront dans l'histoire des États-Unis : Andrew Johnson en 1868, Bill Clinton en 1998 et donc Donald Trump. 

Source: RFI